Article: Ardmore et Hermès : quatre dessins, une création collective
Ardmore et Hermès : quatre dessins, une création collective
Par Diane
Un éléphant couvert de motifs, un léopard lancé à la poursuite d’un singe, une protéa monumentale, un félin au cœur d’une fleur. Les carrés signés Ardmore Artists pour Hermès partagent une même richesse graphique, mais chacun développe une composition distincte.
Leur histoire commence loin de la soie, dans un atelier de céramique du KwaZulu-Natal, en Afrique du Sud. Elle se poursuit avec des artistes qui travaillent la terre, peignent, dessinent et transposent leur univers d’un support à l’autre.
Carré Society réunit aujourd’hui les quatre dessins issus de cette collaboration : La Marche du Zambèze, The Savana Dance, Flowers of South Africa et Baobab Cat. Leur rapprochement offre l’occasion de regarder cet ensemble à travers ceux qui l’ont créé, plutôt que de considérer chaque carré isolément.
Aux origines d’Ardmore : Fée Halsted et Bonnie Ntshalintshali
Ardmore est fondé en 1985 par Fée Halsted dans le KwaZulu-Natal. Cette même année, Bonnie Ntshalintshali commence à travailler avec elle. Leur relation artistique constitue l’un des fondements de l’atelier.
Bonnie développe des céramiques modelées et peintes dans lesquelles se rencontrent scènes de la vie quotidienne, imagination et récits bibliques. En 1990, elle partage avec Fée Halsted le Standard Bank Young Artist Award. Cette reconnaissance distingue aussi une manière de créer à deux, sans effacer les différences entre leurs œuvres. Wiener Museum of Decorative Arts, « Gateway to the Soul »
L’atelier s’élargit progressivement. Hermès décrit Ardmore comme un collectif réunissant notamment des artistes zoulous, zimbabwéens et sotho. La signature commune rassemble donc plusieurs parcours, et non l’expression d’un artiste unique. Hermès, présentation d’Ardmore
Cette histoire permet d’aborder les carrés autrement : derrière leur foisonnement décoratif se trouve une pratique fondée sur la transmission, le travail partagé et l’interprétation individuelle.
Derrière les carrés Hermès, des artistes identifiés
La signature Ardmore Artists ne doit pas rendre anonymes les personnes qui participent aux dessins.
Le Wiener Museum of Decorative Arts mentionne Fée Halsted, ses filles Catherine et Megan Berning, ainsi que les peintres Sydney Nyabeze et Jabu Nene parmi les contributeurs à la collaboration avec Hermès. Ses photographies documentent notamment Catherine Berning et Jabu Nene travaillant sur Flowers of South Africa, ainsi que Sydney Nyabeze sur Savana Dance. Elles témoignent de leur participation, sans constituer une attribution exclusive de chaque dessin. WMODA, « Ardmore Fashion »
Un entretien avec Sydney Nyabeze apporte un éclairage complémentaire. Originaire du Zimbabwe, il rejoint Ardmore en 2011. Il travaille avec Catherine Berning sur un dessin de foulard associant léopard, singe et protéas, ensuite réalisé par Hermès.
L’article décrit aussi sa pratique habituelle : une esquisse au crayon devient une peinture à l’aquarelle ou à l’acrylique, affinée avec Fée Halsted avant sa transformation en motif imprimable. Ce témoignage rappelle la place du dessin et de la peinture dans un univers souvent abordé uniquement à travers ses céramiques. Business of Home, entretien avec Sydney Nyabeze
De la rencontre en 2013 aux premières éditions en 2016
Selon le Wiener Museum, les premiers échanges avec Hermès remontent au salon Maison & Objet de Paris, en 2013. Les deux premiers dessins sont lancés en 2016. WMODA, « Ardmore Fashion » · WMODA, « Off to the Hamptons »
Le document de référence d’Hermès confirme l’entrée d’Ardmore Artists dans la soie féminine en 2016, avec La Marche du Zambèze, sous le thème annuel « La nature au galop ». Hermès, document de référence 2016
La rencontre ne consiste pas simplement à reproduire une céramique sur un tissu. Les artistes composent pour une surface carrée : il faut organiser un centre, répartir les formes, construire les bordures. L’observation des quatre dessins montre différentes réponses à cette même contrainte.
La Marche du Zambèze : organiser le foisonnement
Hermès présente La Marche du Zambèze comme le dessin inaugurant son partenariat avec Ardmore.
Un éléphant occupe le centre. Girafes, crocodiles, zèbre et léopard se répartissent autour de lui, parmi une flore inspirée des paysages du Zambèze. Des motifs évoquant pythons et crocodiles participent à l’encadrement. Hermès, histoire de La Marche du Zambèze
La composition peut se lire à deux échelles. De loin, les silhouettes animales structurent le carré. De près, elles révèlent des réseaux de lignes, de ponctuations et de formes géométriques.
Le dessin fait ainsi coexister le sujet et l’ornement : les animaux sont reconnaissables, mais leurs corps deviennent aussi des surfaces à peindre. Cette lecture visuelle rapproche le carré de l’univers des céramiques décorées d’Ardmore.
Voir La Marche du Zambèze dans la collection Carré Society.
The Savana Dance : construire une scène en mouvement
The Savana Dance resserre le récit autour de deux protagonistes : un léopard et un singe vervet qui se retourne vers son poursuivant. Des protéas de grande taille entourent la scène. Ces éléments sont confirmés par la documentation Hermès consacrée au motif. Hermès, description de Savana Dance
Les silhouettes étirées et les queues des animaux donnent au dessin une direction. Autour d’elles, les courbes végétales et les fleurs organisent l’espace.
La différence avec La Marche du Zambèze est nette : l’un rassemble un bestiaire autour d’une figure centrale ; l’autre développe une action. Le vocabulaire graphique reste apparenté, mais la construction change.
Voir The Savana Dance dans les archives Carré Society.
Flowers of South Africa : la puissance de la composition florale
Hermès identifie Flowers of South Africa comme le troisième carré du collectif, après The Savana Dance et La Marche du Zambèze.
La protéa en constitue le sujet central. La maison rattache explicitement cette composition aux céramiques caractéristiques d’Ardmore et évoque le fynbos, l’écosystème du Cap où s’épanouissent ces fleurs. Hermès, histoire de Flowers of South Africa
Ici, la fleur organise le carré. Le grand motif central, les formes florales disposées autour de lui et les ramifications plus fines composent plusieurs niveaux de lecture.
Sur l’exemplaire photographié dans les archives Carré Society, les fleurs bleues se détachent sur un fond jaune ocre. Les contours et les répétitions rendent particulièrement lisible cette organisation. Le sujet botanique devient une construction graphique à part entière.
Voir Flowers of South Africa dans les archives Carré Society.
Baobab Cat : rapprocher le végétal et l’animal
Avec Baobab Cat, le félin et la fleur ne sont plus simplement voisins. Une tête de léopard apparaît au cœur d’une grande fleur de baobab, entourée de pétales et de motifs allongés ponctués de blanc. Cette composition est visible sur l’exemplaire photographié par Carré Society.
Le visage fournit un point de concentration immédiat. Les pétales en prolongent les contours, puis le regard se déplace vers les éléments périphériques.
Dans une lecture comparative des quatre carrés, Baobab Cat apparaît comme une synthèse particulièrement directe du vocabulaire d’Ardmore : le monde animal et le monde végétal participent à une seule figure.
Voir Baobab Cat dans la collection Carré Society.
Les quatre dessins réunis : regarder une œuvre collective dans son ensemble
Le Wiener Museum of Decorative Arts recense quatre dessins de foulards créés dans le cadre de la collaboration entre Ardmore et Hermès. Ce sont ces quatre compositions que Carré Society réunit. WMODA, « Ardmore Fashion »
Leur intérêt, une fois rapprochées, tient autant à leurs différences qu’à leur parenté.
La Marche du Zambèze organise un bestiaire. The Savana Dance met en scène une poursuite. Flowers of South Africa construit l’espace autour de la fleur. Baobab Cat rapproche le végétal et l’animal jusqu’à les faire fusionner visuellement.
Réunir ces dessins permet de suivre les variations d’un même langage, sans confondre cohérence et répétition. C’est aussi une manière d’aborder la collection de carrés Hermès par les artistes : identifier leurs contributions, comprendre leurs compositions et replacer chaque pièce dans une histoire créative.
Derrière les quatre titres, la signature Ardmore Artists retrouve ainsi toute sa portée : celle d’une création collective, nourrie de plusieurs regards, qui passe de la terre à la peinture et de la peinture à la soie.
Article signé Diane pour Carré Society.
Carré Society est une maison indépendante spécialisée dans les carrés Hermès de seconde main et de collection. Elle n’est ni affiliée ni associée à Hermès International.











